L’EQUIPE – JUIN 2021

Produit de masse, le maillot de football est fabriqué dans des matières loin d’être nobles, à des milliers de kilomètres de la France, où ils sont acheminés afin d’être vendus aux supporters des clubs. Un lointain voyage pour un produit iconique loin d’être neutre pour l’environnement.

 

Kylian Mbappé porte le quatrième maillot du PSG. (S. Boué /L'Équipe)

 
Kylian Mbappé porte le quatrième maillot du PSG. (S. Boué /L’Équipe)

Le maillot de foot, c’est le produit iconique par excellence. Les couleurs du club, le logo, voire les sponsors : on le reconnaît au premier coup d’oeil. Les équipementiers ont d’ailleurs bien compris leur potentiel commercial et marketing. Ils peuvent désormais être déclinés en quatre versions différentes sur une même saison. C’était notamment le cas du PSG en 2020-2021 qui, en plus du maillot domicile aux couleurs classique, du maillot « away » (blanc) et du « third » (bordeaux), en a sorti un quatrième violet et rose ultime sous la marque Jordan. Les joueurs les ont portés en compétition officielle et ils ont tous été disponibles à la vente.

Car le maillot se vend bien. Mais le maillot a aussi un impact non négligeable sur l’environnement, comme l’ensemble de l’industrie du textile. Cette dernière fait partie des plus polluantes et est responsable de 2 % des émissions globales de gaz à effet de serre, plus que les transports aériens et maritimes réunis, selon le collectif Eco mouvement. Conscient de cet impact et désireux de le réduire, le club de Forest Green Rovers, le plus écolo de la planète foot, a développé une technologie avec son équipementier PlayerLayer : son maillot est désormais fabriqué à base de marc de café, trois tasses pour être précis, et de cinq bouteilles en plastique, ces dernières étant transformées en polyester recyclé.

 
Les moutons à proximité du stade de Forest Green Rovers. (B. Desprez /L’Équipe)

Une avancée louable, dans la mesure où l’équivalent CO2, une mesure utilisée pour comparer les émissions de divers gaz à effet de serre sur la base de leur potentiel de réchauffement global, est bien moindre pour cette matière. « Il est de 0,7 kg eqCO2, alors qu’on est sur 4 kg pour un polyester vierge, un dérivé du pétrole, explique Benjamin Marias, cofondateur d’AIR Coop et expert en écoconception de produits textiles. Un coton conventionnel, c’est quasiment 2 kg. En bio, on est à 0,99 kg. En ce qui concerne les émissions de CO2, c’est donc plus intéressant d’utiliser le polyester recyclé. »

Les marques l’ont bien compris, notamment Puma : « Les maillots des équipes professionnelles seront fabriqués en fibre de polyester recyclé, comme les maillots répliqua et les gammes training, pour la saison prochaine », assure Benoît Menard, le directeur marketing de Puma France. En 2021-2022, le maillot de l’OM, un des plus vendus en France avec ceux du PSG (Nike) et de l’OL (Adidas), aura donc un impact bien moindre sur l’environnement que celui des précédents exercices. De son côté, Adidas est déjà en avance. En 2020, plus de 50 % de ses gammes étaient produites avec cette matière, un taux qui passera à 60 % à la fin de cette année. Contacté, Nike n’a pas souhaité nous répondre, mais les maillots du PSG de la saison passée étaient également fabriqués en polyester recyclé.

 
Le maillot de l’OM de la saison prochaine sera fabriqué en polyester recyclé. (A. Martin /L’Équipe)
 

Si les grands équipementiers vont réduire considérablement leurs émissions de gaz à effet de serre, ils ne vont pas pour autant réduire leur impact sur le climat. Au contraire… « Il y a un énorme problème avec les microfibres générées par ce polyester recyclé. Il ressort de toutes les études que cette matière largue davantage de microfibres que le polyester vierge », explique Benjamin Marias. L’expert en écoconception de produits textiles développe : « Ces microfibres, qui sont des microplastiques, passent l’ensemble des filtres que nous avons aujourd’hui. À chaque lavage, une quantité se détache et elles vont directement dans les océans. »

Une famille en « relargue » en moyenne 135 grammes par an. « Ça parait très peu, mais à l’échelle de la planète, 8 000 tonnes de microplastiques sont déversées dans les océans chaque année. » Des microplastiques que l’on retrouve dans les poissons puis dans notre estomac. Chaque semaine, nous ingérons l’équivalent d’une carte bleue en plastique. Pour éviter ce « relarguage », il existe des filtres à mettre dans le lave-linge comme le sac de la marque Guppyfriend, ou la balle Coraball pour les plus grandes quantités, les jeux de maillot d’une équipe par exemple.

Il semblerait également qu’il circule du faux polyester recyclé en Chine. « Une usine va fabriquer des billes de polyester vierge qui seront broyées et transformées en matière recyclée dans les environs pour être ensuite revendu », nous raconte un de nos interlocuteurs, préférant conserver son anonymat.

Les flocages, un problème pour le recyclage

Des microfibres de plastique « relargué » dans les océans, des soupçons de faux polyester recyclé, cette matière est encore loin d’être idéale. Et elle porte mal son nom pour les maillots. À cause de différents flocages, le logo, les sponsors mais aussi le numéro et le nom de son joueur préféré, ils ne sont pas recyclables à 100 %. Il faut enlever ces parties pour qu’ils le soient, sachant qu’il n’existe pas encore de filière en France. Quand ces maillots ne terminent pas à la poubelle… « Aujourd’hui, seulement un kilo de textile sur trois entre dans la chaîne de recyclage », explique Erwan Autret, coordinateur de Pôle – Service Produits et Efficacité Matière à l’ADEME.

Par ailleurs, nombreux sont les maillots qui ne sont pas vendus chaque année. « Les clubs ont des tonnes de vieux textiles dont ils ne savent pas quoi faire, confirment Paul-Emmanuel Guinard et Olivier Guigonis, les fondateurs de Phénix Sport. Ce sont des maillots d’entraînement trop usés ou une partie du merchandising invendu, qu’ils ne peuvent plus vendre faute d’accords commerciaux. » Les deux entrepreneurs français, basés dans la région de Nice, ont lancé le projet circulaire R-SHAPE ®. « On récupère des maillots inutilisables pour les retransformer en plastique puis en équipement pédagogique, comme des coupelles, des cônes ou des cerceaux utilisés par les clubs. »

En ce qui concerne les maillots, ils ambitionnent de développer une véritable économie circulaire. Les anciens modèles seraient collectés auprès des clubs, broyés puis retransformés en maillot pour la saison d’après. « On en rêve mais la technologie n’existe pas encore, malheureusement. »« Mais notre maillot est 100 % recyclable car on fait la sublimation avec des encres non-chimiques, à l’eau. On peut imprimer le numéro, le sponsor, le logo ou le nom des joueurs directement dans le tissu. Il n’y a plus de vinyle. » L’exemple à suivre pour les grands équipementiers, de plus en plus sensible aux questions environnementales ?

Après Le Coq Sportif, équipementier des Verts de Saint-Étienne, Puma a décidé de relocaliser une partie de sa production et de fabriquer certains de ses maillots en France depuis la saison 2020-2021, notamment ceux du Nîmes Olympique et de l’AS Nancy Lorraine. Toutefois, la plupart des maillots sont toujours manufacturés en Asie. « On parle beaucoup des transports, mais c’est très peu impactant pour les textiles, assure Erwan Autret. Quand la logistique est bien gérée, ces produits sont transportés par milliers voire millions dans des containers. Quand on ramène les consommations d’énergie fossile utilisées pour faire naviguer le bateau au poids, c’est vraiment marginal par rapport à la molécule de pétrole qui a été utilisée pour fabriquer le vêtement. Le chauffage et les apports énergétiques pour la phase de fabrication dépassent souvent les impacts liés au transport. » Fabriquer des maillots en France permet toutefois de les produire dans de meilleures conditions, environnementales et sociales, et de maintenir ou créer des emplois.

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